Saint-Denis
représente vraisemblablement un témoin de premier ordre
de la foi vécue par nos ancêtres. En effet, les peu banales
traces matérielles abondent.
Tout visiteur transitant par la chaussée d’Éghezée,
dans le célèbre virage, ne peut manquer l’imposant
clocher de l’église Saint-Denis. Celui-ci
contemple près d’un millénaire d’histoire
! Il s’agit en effet d’une des plus anciennes bâtisses
de l’entité actuelle de La Bruyère. Édifié
dès le milieu du XIème siècle, ce clocher est à
l’origine une tour seigneuriale fort imposante dans la région.
De style roman pour sa majeure partie, elle est constituée de
moellons de grès et de calcaire, pierres locales par excellence.
À l’instar des églises de Bossière et de
Wierde dont la tour du clocher actuel est aussi à l’origine
un donjon seigneurial servant de refuge à la famille noble et
aux habitants du lieu, il est vraisemblable qu’assez rapidement
les habitants y aient adjoint une église mitoyenne. En cas de
trouble, la tour peut ainsi également protéger le trésor
de l’église. En 1302, d’après un témoignage
largement postérieur de l’abbé Ghorray, curé
de Saint-Denis en 1563, le curé Sergius aurait dépensé
septante pièces d’or pour l’entretien de la tour,
preuve du manifeste intérêt du clergé local pour
l’édifice. 
En 1776 est adjoint le corps de l’église
actuelle, constitué d’une nef centrale et de deux nefs
latérales. Le bâtiment est construit en brique et pierre
bleue sur soubassement de grès.
La belle collection de quatorze pierres tombales conservées
à l’intérieur de l’édifice ainsi que
le cimetière adjacent témoignent également de ce
riche passé.
Le
Haut Moyen-Âge et l'époque carolingienne
La paroisse
de Saint-Denis est vraisemblablement fondée
à l'époque mérovingienne aux alentours de 700 par
Saint Hubert. Son territoire dépend à cette époque
de la fameuse abbaye parisienne de Saint-Denis d'où les moines
essaimèrent dès le lendemain de sa fondation par le roi
Dagobert vers 630.
La première
mention écrite de la paroisse - Villa Sancti Dionysii
- date de l'an 825.
L'époque médiévale et les débuts de l'ère
moderne
Politiquement
dépendante du Comté de Namur, la paroisse de Saint-Denis
est religieusement liée au diocèse de Liège (1305-1559)
durant tout l’essor et le déclin du Moyen-Âge. De
cette époque, l’église de Saint-Denis
conserve deux pierres tombales remarquables : l’une, usée
aujourd’hui, est originaire de l’ancienne chapelle Saint-Martin
et représente le chevalier de Seumois, Jean Dores (1300-1320)
; l’autre, en meilleur état de conservation, originaire
de la même chapelle, figure Jacquemin du Chenoit (1316).
Mais au XVIème
siècle, la tutelle de Liège prend fin. Une réorganisation
de la cartographie religieuse s'impose.
D'une part,
la répartition des circonscriptions ecclésiastiques de
nos régions (treize diocèses) remontant pour la plupart
à l'époque romaine ainsi qu'au Haut Moyen-Âge ne
correspond plus du tout au découpage politique des XVII Provinces.
À ce moment, les treize diocèses dépendent de trois
provinces ecclésiastiques situées hors du pays : Cologne,
Trèves et Reims. Le diocèse de Liège, bien plus
étendu que la Principauté de Liège elle-même,
dépend plus particulièrement de l’archevêché
de Cologne. Cette organisation ne tient d’ailleurs compte ni des
langues parlées, ni de l'accroissement démographique.
Une telle organisation chaotique génère nécessairement
des problèmes de communication, particulièrement handicapants
dans une Europe secouée par les idées des réformateurs.
Les visites irrégulières dans les paroisses n'assurent
plus vraiment aux autorités ecclésiastiques un contrôle
efficace du clergé.
D'autre part,
depuis l'hérésie de Luther au début du siècle,
les progrès du protestantisme préoccupent avec acuité
nos souverains catholiques, Charles Quint puis Philippe II. Comment
« sauver » ce qui reste à sauver du catholicisme
? Une réorganisation rigoureuse de la répartition des
diocèses donnerait ainsi une plus forte cohésion aux XVII
Provinces et assurerait au souverain la nomination - et le contrôle
partiel ! - du corps épiscopal. Un tel remaniement constituerait
dès lors une arme efficace pour juguler les idées novatrices
des réformés, un réel tremplin pour les idées
de la Réforme catholique.
La réorganisation territoriale de 1559-1561
Le 12 mai
1559, le pape Paul IV consent à la réorganisation des
évêchés dans nos régions. La bulle Super
Universas supprime l'ancienne répartition et subdivise le territoire
de nos régions en trois provinces ecclésiastiques en tenant
notamment compte de l'aspect linguistique : voient ainsi le jour les
archevêchés de Malines, Utrecht et Cambrai - ce dernier
incluant les nouveaux diocèses d’Arras, Tournai, Saint-Omer
et celui de Namur.
À
la mort de Paul IV (1559), le nouveau pape Pie IV confirme la bulle
de son prédécesseur. Les limites du nouveau diocèse
de Namur sont définies et les chanoines de Saint-Aubain
deviennent les seigneurs de Saint-Denis. Bien que cette
délimitation religieuse n’ait que peu à voir avec
les limites de l’évêché d’aujourd’hui,
les sept paroisses de notre secteur actuel de Meux-Rhisnes y sont déjà
incluses. Le Projet de dotation et de circonscription de 1560
prévoit la tutelle de l’évêché
de Namur sur : Bonesche, Esmynes (et hameau de Huglise),
Meux (et hameaux de Mehaignoulle, Scley et Trypsee),
Rysnes, Saint-Denys (et hameau de Isnes-Sauvages –
bien que certains textes en fassent une dépendance de Bossière),
Viller le heste et Waristoul. La bulle Ex Injucto (11 mars
1561) en assure l’application. Le Registra Vaticana de
cette même année fait mention de la création des
paroisses suivantes : Bovesche, Lesmynes (et hameau de Huglise
– Saint-Martin-Huglise), Meux (Scley – Sclefhaie),
Rysnes, S. Denis, Viller le Heste et Waristoul.
Toute cette
réorganisation fait inévitablement ombrage aux anciens
privilèges : ceux de la noblesse, ceux des abbayes brabançonnes
et particulièrement ceux des évêques liégeois.
En 1562, le chapitre de Saint-Lambert s’oppose d’ailleurs
fermement à l’installation du premier évêque
de Namur. Quelques chanoines et le doyen du chapitre de Saint-Aubain
sont même menacés par la justice liégeoise sans
que toute cette affaire ne tracasse les ouailles de nos paroisses.
Quoi qu’il
en soit, ce remaniement territorial mené parallèlement
au catholique Concile de Trente atteint son but : un meilleur contrôle
du clergé dans la lutte contre la dissidence protestante. Les
diocèses sont maintenant subdivisés en entités
inférieures, les doyennés, ceux-ci étant constitués
des différentes paroisses dont le guide avait « charge
d’âme » (cura animorum). C’est d’ailleurs
de cette appellation que dérive le nom de « curé
».
Sombre XVIIème siècle
De nombreuses
guerres se déroulent dans nos campagnes et les habitants ont
à souffrir des exactions commises par les nombreuses armées
de passage. Par exemple, en 1692, à l’occasion du siège
et de la prise de Namur (30 juin) par les troupes de Louis XIV, les
armées françaises confisquent les orgues de l’église
de Saint-Denis !
Le XVIIIème
siècle et le séisme révolutionnaire
En 1778,
à la veille de la Révolution française, Saint-Denis
constitue une paroisse d’importance, une «église
mère», puisque sept prêtres en relèvent. Les
paroissiens sont répartis sur plusieurs communes et dépendances
: Beuzet, Isnes-Sauvages (confirmation par la Carte de
cabinet des Pays-Bas autrichiens de Ferraris,), Émines
(Saint-Martin, le Chenoy, Hulplanche, le Tieu des Frênes et Seumois),
Bovesse, Meux (Raucourt, Tripsée, Mehaignoul, la Motte, Matinée)
et Ostin.
En 1794, comme suite aux troubles révolutionnaires secouant notre
puissant voisin français et conséquemment à la
victoire française de Fleurus face aux Autrichiens, la «
Belgique » est annexée. Saint-Denis devient
un territoire du département de Sambre-et-Meuse et subit dès
lors la vindicte des lois françaises, notamment les lois restrictives
au niveau de la pratique du culte. Le dimanche précédant
l’Ascension de 1796, l’abbé Robinet de Saint-Denis
s’exprime devant ses paroissiens dans des termes graves : «
Trois jours encore et cette église sera fermée, le culte
sera aboli. Plutôt perdre ma place, plutôt la mort si Dieu
le veut que de prêter le serment qu’on me demande et de
trahir les engagements, les engagements que j’ai contractés
avec l’Église de Dieu au jour béni de mon ordination
sacerdotale. Mes frères bien-aimés, je vous ai tantôt
annoncé la procession des Rogations. Oh ! Je vous en prie, assistez
nombreux à ces ardentes supplications que l’Église
de Dieu adresse vers le ciel dans ce temps de calamités ».
Quelques jours plus tard, l’église mère de Saint-Denis
est fermée pour une durée de six longues années.
Le culte est interdit, ce qui n’empêche par l’abbé
Robinet, caché par une famille du village, d’exercer le
culte clandestinement. Le trésor de l’église est
sauvé grâce au soutien de l’abbé François
Joseph La Bar du Vieux Raucourt à Meux.
En 1801, conséquemment à la signature du Concordat entre
Bonaparte et le Saint-Siège, bien que sous conditions, le culte
catholique est rétabli. Les paroisses sont réorganisées
en fonction de la législation concordataire de 1803-1804, puis
de 1807-1808. Napoléon reconnaît les nouvelles circonscriptions
paroissiales arrêtées par les évêques, en
accord avec les préfets.
Rétablissement
Attachée
au diocèse de Namur, la paroisse de Saint-Denis
est rétablie en 1808, mais elle perd la plupart de ses dépendances,
bien que celle de Meux
y reste attachée jusqu’en 1834 et celle de Beuzet jusqu’en
1842-1845. Saint-Denis est jointe au doyenné
de Leuze en 1837.
Avatars
En 1854,
le conseil communal – conjointement au conseil de fabrique –
décide la destruction de la tour romane… Cette décision
est fort heureusement rejetée par la députation permanente
de Namur.
Le 14 mai
1940, dans le cadre de l’offensive de la Wehrmacht sur notre pays,
une bombe est larguée au milieu de la tour dont l’intérieur
est ravagé. Le curé de l’époque, l’abbé
Bouchat témoigne de l’arrivée d’un deuxième
engin explosif en ces termes : « Une autre bombe fut lancée
contre la porte d’entrée de la tour et vint tomber au milieu
du porche sans éclater (un vrai miracle). Mais au mois d’août,
les Allemands auxquels la commune avait demandé d’enlever
l’engin, trouvèrent plus simple de la faire sauter sur
place ! Comme personne n’osa me porter main forte pour la déplacer,
j’ai dû la traîner dans le trou à charbon,
où les Allemands la firent exploser en y mettant le feu. »
L’explosion endommage sérieusement l’intérieur
de l’église et aggrave l’état de la tour dont
seules les cloches sortent indemnes. Suite à ces destructions,
la tour subit quelques remaniements : réparation des baies jumelées
à l’étage, rabaissement du porche et pose d’un
linteau en pierre, création d’une tabatière dans
le toit.
Le 20 octobre
1947, le tour romane est classée par arrêté royal.
Situation actuelle
Le 26 septembre
1958, un décret épiscopal crée le doyenné
de Saint-Servais. Deux années plus tard est érigée
la région pastorale de Namur comprenant les
doyennés d’Andenne, Auvelais, Fosses-la-Ville, Gembloux,
Jambes, Leuze, Namur et Saint-Servais. En 1979, la paroisse de Saint-Denis
est incluse au secteur pastoral de Meux–Rhisnes,
faisant lui-même partie intégrante du doyenné
de Saint-Servais.
Collecte
des informations, texte & photos : E. Lw. (mai-juin 2004)
©
Paroisse de Saint-Denis (ce document peut être copié
tel quel en faisant simplement mention de la référence
du site web ainsi que des sources utilisées)
Source
des informations :
R.
DELOOZ, La Bruyère. Commune du Namurois, Namur, 1986.
E. DE MOREAU s.j. (sous la dir. de), Histoire de l’Église,
3ème éd., Tournai-Paris, Casterman, 1931 (Collection belge
de manuels d’histoire).
E. DE MOREAU s.j., Histoire de l’Église en Belgique, t.
V : L’Église des Pays-Bas (1559-1633), Bruxelles, L’Édition
Universelle, 1952.
M. FRAITURE, Le patrimoine rural à La Bruyère. Itinéraire
de découverte – Journée du patrimoine, La Bruyère,
1996 (Maison de la Mémoire de La Bruyère).
J. GENNART s.j., Diocèse de Namur. Paroisses et édifices
du culte. 1808-1979, Namur, Céruna, 1980 (Répertoires
Meuse-Moselle).
F. JACQUES, Le diocèse de Namur en mars 1561. Étude de
géographie historique, Bruxelles, Palais des Académies,
1968.
C. J. JOSET s.j. (et collab.), Répertoire, par diocèses
et doyennés, des paroisses en 1789, Namur, Ceruna, 1980 (Répertoires
Meuse-Moselle).
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